Il n'y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n'a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s'en sont allées. Elles ont pris le bras de l'un, la bouche de l'autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n'aurait dû les séparer, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n'y a pas eu de rivalité imbécile, c'est autre chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait imaginer.
Dans La mauvaise rencontre, 2009.
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir comme ils le font, chaudement dans leur draps...
En exergue du livre de Philippe Grimbert, La mauvaise rencontre.
Démesurément allongée par la lumière de ma lampe de bureau, l'ombre de ma main tremble sur le mur. Et une dernière question se précipite : qui de nous deux a fait la mauvaise rencontre ?
Dans La mauvaise rencontre, 2009.
Il y a dans le deuil une puissance contradictoire, une puissance absolue qui propulse tout autant vers la nécessité du changement que vers la tentation morbide à la fidélité au passé.
Dans La délicatesse.
François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un juse, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois exentrique . La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Sil elle chosit ça, je l'épouse...
- Je vais prendre un jus...Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité.
Dans La Délicatesse.
On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née
A la station balnéaire
tu t'es pas fait prier
J'étais gant de crin, geyser
Pour un peu, je trempais
Histoire d'eau
La nuit je mens
Je prends des trains
à travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains.
J'ai dans les bottes
des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho.
J'ai fait la saison
dans cette boîte crânienne
Tes pensées, je les faisais miennes
T'accaparer, seulement t'accaparer
d'estrade en estrade
J'ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose
Un jour au cirque
Un autre à chercher à te plaire
dresseur de loulous
Dynamiteur d'aqueducs
La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
effrontément
J'ai dans les bottes
des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho.
On m'a vu dans le Vercors Sauter à l'élastique Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour
J'ai fait le mort T'étais pas née
La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens Je m'en lave les mains.
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho.
la nuit je mens...
" La nuit je mens"
Que sais-tu des plus simples choses
Les jours sont des soleils grimés
De quoi la nuit rêvent les roses Tous les feux s'en vont en fumée
Que sais-tu du malheur d'aimer
Je t'ai cherchée au bout des chambres
Où la lampe était allumée
Nos pas n'y sonnaient pas ensemble
Ni nos bras sur nous refermés Que sais-tu du malheur d'aimer
Je t'ai cherchée à la fenêtre
Les parcs en vain sont parfumés
Où peux-tu où peux-tu bien être
A quoi bon vivre au mois de mai Que sais-tu du malheur d'aimer
Que sais-tu de la longue attente
Et ne vivre qu'à te nommer
Dieu toujours même et différente
Et de toi moi seul à blâmer
Que sais-tu du malheur d'aimer
Que je m'oublie et je demeure
Comme le rameur sans ramer
Sais-tu ce qu'il est long qu'on meure
A s'écouter se consumer
Connais-tu le malheur d'aimer ?
Le maheur d'aimer
Si je survivais, je ne serai plus jamais la même, trois mots avaient suffi. Je serai moi sans elle, une autre personne. Elle habiterait à l'intérieur de moi dorénavant. Je ne la verrai plus. Plus d'arrivée intempestives, plus de pulls en laine sur une jupe de plage, plus de fous rires, de menthe fraîcje et de gâteaux au miel dans les valises. Plus de confidences, mort des confidences et de l'argent dans les chaussures.
Une vague m'apporte des souvenirs et la douleur me les retire : " tu ne la verras plus jamais", dit le ressac.
Dans N'oublie pas d'être heureuse.